Accident de la route en Espagne : que faire en tant que victime pour obtenir une indemnisation
Dans un accident de la route, ce qui compte ce n'est pas seulement qui est responsable — c'est ce qui a été documenté dans les premières heures et les premiers jours. Les assureurs refusent souvent non pas parce que la victime n'a pas de droit, mais parce qu'il n'y a pas de preuves : pas de photos, pas de rapport de police (atestado), une visite médicale tardive, pas de réclamation écrite, ou un constat amiable (parte amistoso) signé avec un schéma incorrect. Ce guide explique comment constituer son dossier dès le premier jour pour que l'assureur ait plus de mal à refuser.
Les premières minutes après l'accident
La DGT recommande la séquence PAS : Proteger, Alertar, Socorrer — protéger les lieux, alerter, secourir.
- Arrêtez-vous en sécurité, à l'écart de la circulation si possible. Ne sortez pas du véhicule au milieu d'une voie.
- Allumez vos feux de détresse immédiatement. Mettez votre gilet haute visibilité (chaleco reflectante) avant de sortir.
- Utilisez la balise V-16 connectée (baliza V-16 homologada y conectada) si le véhicule est immobilisé ; depuis le 1er janvier 2026, c'est le dispositif réglementaire de présignalisation en Espagne.
- Appelez le 112 s'il y a des blessés, un incendie ou un danger. Indiquez l'emplacement exact, le nombre de véhicules et les blessures visibles. Ne déplacez pas les blessés graves sauf nécessité absolue.
- Photographiez la scène avant de déplacer les véhicules. Une photo prise avant tout déplacement vaut dix photos prises après.
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Quand appeler la police
La police (Policía Local, Guardia Civil, Mossos d'Esquadra ou Ertzaintza) dresse un rapport de police (atestado) — le rapport officiel de l'accident, beaucoup plus difficile à contester par l'assureur qu'un constat amiable (parte amistoso).
Appelez la police si :
- Il y a des blessés — toute douleur, plainte ou perte de connaissance.
- La responsabilité est contestée et les conducteurs ne s'accordent pas.
- L'autre conducteur refuse de donner ses coordonnées, prend la fuite ou disparaît.
- L'autre véhicule n'est pas assuré.
- Il y a des signes de consommation d'alcool ou de drogues.
- Des biens de tiers sont endommagés : une clôture, un poteau, une vitrine, un véhicule garé.
- Trois véhicules ou plus sont impliqués.
- Un piéton, un cycliste ou un utilisateur de trottinette est impliqué.
Constat amiable (parte amistoso) : quand le signer, quand ne pas le signer
Le constat amiable (parte amistoso) (Declaración Amistosa de Accidente, DAA) est une déclaration conjointe remplie par les deux conducteurs sans la police. Il est pratique lorsqu'il n'y a pas de blessés et que les deux parties sont d'accord sur tous les faits.
Vous pouvez le signer si : les deux parties s'accordent sur tous les détails, le schéma et la description ; il n'y a pas de blessés ; les deux véhicules sont assurés.
Ne signez pas le constat amiable (parte amistoso) si :
- Le formulaire est vierge ou le schéma incomplet.
- L'autre conducteur vous presse ou vous force à signer.
- La description ou le schéma ne correspondent pas à ce qui s'est passé.
- Vous ne pouvez pas le lire en raison d'une barrière linguistique.
- Vous ressentez la moindre gêne physique — la douleur peut apparaître des heures plus tard.
Si vous signez le constat amiable (parte amistoso) — vérifiez qu'il contient : date et lieu ; immatriculation de tous les véhicules ; coordonnées des conducteurs et références des polices d'assurance ; description des dommages ; schéma de l'accident ; circonstances (qui venait d'où) ; coordonnées des témoins.
Vous hésitez à signer le constat amiable ?
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- Position de tous les véhicules avant tout déplacement — vue d'ensemble et gros plan.
- Plaques d'immatriculation de tous les véhicules impliqués et des témoins.
- Dommages sur chaque véhicule — de près et en contexte.
- Traces de freinage, bris de verre, débris, taches d'huile sur la chaussée.
- Point d'impact sur la route (si visible).
- Panneaux de signalisation, marquages au sol, feux, glissières dans la zone de l'accident.
- Visibilité : buissons, poteaux, bâtiments limitant le champ de vision.
- Météo, éclairage et état de la chaussée.
- Permis de conduire et attestation d'assurance de l'autre conducteur — s'il accepte de les montrer.
- Coordonnées des témoins : nom, téléphone et, si possible, pièce d'identité.
- Vélo, trottinette, casque, vêtements d'un blessé non conducteur — le cas échéant.
- Captures d'écran de la géolocalisation et de l'heure sur votre téléphone.
- Toutes les communications avec les assureurs — captures de messages et journal d'appels.
- Tous les justificatifs liés à l'accident : taxi, pharmacie, dépanneuse.
Soins médicaux : pourquoi il ne faut pas attendre
Si après l'accident vous ressentez une douleur, des vertiges ou une gêne dans le cou, le dos, le genou ou la tête — consultez un médecin le plus tôt possible, même si vous pensez que ça va passer.
Les assureurs contestent régulièrement le lien de causalité : si la première consultation médicale a eu lieu 3 à 5 jours après l'accident, ils allèguent que les blessures ne sont pas liées au sinistre. Un rapport médical (rapport médical (informe médico)) précoce ferme cet argument.
- Informe médico de urgencias — rapport des urgences ou du premier passage aux soins.
- Ordonnances d'examens (radiographies, IRM, échographies) et leurs résultats.
- Prescriptions et recommandations du médecin.
- Documents de rééducation (rehabilitación) : séances, ordonnances, notes d'évolution.
- Arrêt de travail (baja laboral) — s'il a été délivré.
- Toutes les factures médicales : pharmacie, kinésithérapie, consultations privées.
- certificat de fin de traitement (alta médica) — document de fin de traitement (nécessaire pour le calcul de l'indemnisation selon le barème légal d’indemnisation (Baremo)).
Comment déclarer le sinistre à l'assureur
En vertu de la Ley 50/1980 (art. 16), vous devez notifier l'assureur dans les 7 jours suivant la connaissance du sinistre, sauf si votre police prévoit un délai plus long.
- Par écrit — e-mail, formulaire en ligne avec accusé de réception, ou burofax en cas de litige. Un appel téléphonique ne laisse aucune trace.
- Conservez la preuve d'envoi — capture d'écran, numéro de ticket, accusé de réception.
- En tant que victime (perjudicado), vous disposez du droit d'action directe contre l’assureur (acción directa) — une réclamation directe contre l'assureur du conducteur fautif, sans passer par celui-ci.
- La notification n'est pas la réclamation formelle. La déclaration de sinistre complète avec documents doit être déposée séparément.
Comment trouver l'assureur du conducteur fautif
Si vous connaissez l'immatriculation du véhicule fautif, vous pouvez identifier son assureur via FIVA — le fichier des véhicules assurés géré par le Consorcio de Compensación de Seguros. La consultation est disponible en ligne sur le site du Consorcio.
Les coordonnées de l'assureur doivent également figurer dans le constat amiable (parte amistoso) ou l'rapport de police (atestado) s'ils ont été établis. Si le conducteur fautif n'est pas assuré ou a pris la fuite — contactez directement le Consorcio : il indemnise les victimes dans ces cas au titre du fonds de garantie.
Ce que doit contenir votre réclamation formelle
- Qui vous êtes et pourquoi vous êtes le perjudicado dans cet accident.
- Date, lieu et brève description du déroulement de l'accident.
- Coordonnées du véhicule fautif : immatriculation, marque, modèle, nom du conducteur.
- Ce qui a été endommagé (véhicule, effets personnels) et les blessures subies.
- Pièces jointes : constat amiable (parte amistoso) ou rapport de police (atestado) ; rapport médical (rapport médical (informe médico)) ; photos des dommages et de la scène ; factures et justificatifs ; devis de réparation (presupuesto de reparación).
- Demande d'ouverture d'un dossier (numéro de dossier (expediente)) et communication de la référence.
- Demande d'une offre motivée (oferta motivada) ou réponse motivée (respuesta motivada) dans le délai légal.
- Coordonnées bancaires pour le paiement.
- Si l'assureur a conduit une expertise — demande de communication du rapport de l'expert (rapport d’expert (informe del perito)).
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Comment les assureurs refusent habituellement
- « La responsabilité n'est pas établie » — pas de rapport de police (atestado), constat amiable (parte amistoso) mal rempli, responsabilité contestée.
- « Pas de lien de causalité » — l'assureur allègue que les blessures ne peuvent pas résulter de cet accident, ou que la consultation médicale était trop tardive.
- « Les dommages ne correspondent pas à la mécanique du choc » — l'expert de l'assureur produit une conclusion commode.
- « Pas de documents médicaux » — la victime n'a pas consulté à temps ou les documents n'ont pas été transmis à l'assureur.
- « Vous avez signé le constat amiable (parte amistoso) en votre défaveur » — le schéma ou la description des faits sont incorrects.
- « Pas de justificatifs de frais » — factures, reçus ou justificatifs manquants.
- « Selon l'évaluation de notre expert, le montant est inférieur » — l'assureur propose une somme bien inférieure au calcul selon le barème légal d’indemnisation (Baremo).
Que faire si l'assureur refuse
- Demandez la réponse motivée (respuesta motivada) par écrit — une réponse motivée précisant les raisons du refus ou le mode de calcul. L'assureur est légalement tenu de la fournir.
- Demandez les documents sur lesquels le refus est fondé : le rapport de l'expert (rapport d’expert (informe del perito)), l'évaluation médicale, toute inspection réalisée par l'assureur.
- Identifiez précisément ce que l'assureur conteste : la responsabilité, la blessure elle-même, le lien de causalité, le montant, les documents ou les délais — chaque motif appelle une réponse différente.
- Déposez une réclamation écrite auprès du SAC de l'assureur (Servicio de Atención al Cliente). C'est le canal interne obligatoire en droit espagnol, avec jusqu'à 1 mois pour répondre. Incluez la chronologie, ce que vous avez envoyé, ce que vous avez reçu (ou non), et le préjudice subi. RightNOW prépare les réclamations contre les assureurs →
- Pour les violations de conduite — silence, refus injustifié sans réponse motivée (respuesta motivada), non-respect des délais légaux — vous pouvez saisir la DGSFP (Dirección General de Seguros y Fondos de Pensiones). Important : la DGSFP ne calcule pas les indemnisations et ne remplace pas le juge en cas de litige sur les faits, la causalité ou le montant.
- Si le litige porte sur le montant — préparez une étape amiable préalable (MASC) (medio adecuado de solución de controversias), démarche préalable obligatoire depuis 2025 avant toute action civile (LO 1/2025, art. 5). Si elle échoue : procédure civile orale (juicio verbal) (jusqu'à 15 000 €) ou action civile ordinaire.
Pour voir à quoi ressemble un tel dossier en pratique — un vrai dossier RightNOW : refus d'assurance après un accident de la route.
Ce qu'il ne faut pas faire
- Ne signez pas un constat amiable (parte amistoso) vierge ou comportant des données incorrectes.
- Ne dites pas « je vais bien » si vous ressentez de la douleur ou une gêne — ni dans les documents ni à l'assureur.
- Ne communiquez pas avec l'assureur uniquement par téléphone — mettez tout par écrit.
- Ne remettez pas d'originaux sans obtenir une copie avec accusé de réception.
- N'acceptez pas un règlement « en solde de tout compte » (solde définitif (finiquito)) sans en comprendre les conséquences — cela ferme toute réclamation future liée à cet accident.
- N'attendez pas des mois sans déposer une réclamation écrite — les délais comptent et le silence joue contre vous.
- Ne réparez pas et ne jetez pas un bien endommagé avant l'expertise et le reportage photographique s'il constitue une pièce à conviction.
Documents à rassembler
- Constat amiable (parte amistoso) (DAA) — s'il a été établi.
- Rapport de police (atestado) — si la police est intervenue ; demandez-en une copie au commissariat.
- Photos de la scène de l'accident.
- Coordonnées des témoins.
- Devis de réparation du véhicule (devis de réparation (presupuesto de reparación).
- Informe médico de urgencias — rapport de la première consultation.
- Résultats des examens (radiographies, IRM, échographies).
- Ordonnances et prescriptions.
- Documents de rééducation.
- Baja laboral — arrêt de travail, s'il a été délivré.
- certificat de fin de traitement (alta médica) — document de fin de traitement.
- Toutes les factures médicales.
- Copie de la déclaration de sinistre avec preuve d'envoi.
- Copie de la réclamation formelle complète.
- Numéro de dossier (numéro de dossier (expediente)) de l'assureur.
- Offre motivée (oferta motivada) ou réponse motivée (respuesta motivada) — si reçues.
- Toute la correspondance : e-mails, formulaires, burofax.
FAQ
1. Faut-il obligatoirement appeler la police après un accident de la route en Espagne ?
En cas de blessés, oui : appelez le 112. Si la responsabilité est contestée, si l'autre conducteur refuse de donner ses coordonnées ou n'est pas assuré, s'il y a des signes d'ivresse, ou si un piéton ou cycliste est impliqué — fortement recommandé. Le rapport de police (atestado) est bien plus difficile à contester que le constat amiable (parte amistoso).
2. Qu'est-ce que le constat amiable (parte amistoso) et dois-je le signer ?
Le constat amiable (parte amistoso) (DAA) est une déclaration conjointe sans police. Signez-le uniquement si les deux parties s'accordent sur tous les détails, le schéma et la description. Ne signez jamais un formulaire vierge, peu clair ou inexact. Un constat amiable (parte amistoso) mal rempli peut sérieusement compliquer votre indemnisation.
3. Dans combien de jours doit-on déclarer un sinistre à l'assureur ?
En vertu de la Ley 50/1980 (art. 16) — dans les 7 jours si votre police ne prévoit pas un délai plus long. La déclaration doit être faite par écrit et vous devez conserver la preuve d'envoi.
4. Que signifient l'offre motivée (oferta motivada) et la réponse motivée (respuesta motivada) ?
En vertu du RDL 8/2004 (art. 7), dans les 3 mois suivant la réclamation de la victime, l'assureur doit présenter une offre motivée (oferta motivada) (offre motivée calculée selon le barème légal d’indemnisation (Baremo)) ou une réponse motivée (respuesta motivada) (explication motivée du refus de payer). Le silence au-delà de 3 mois est un manquement légal.
5. Que faire si l'assureur refuse ou propose trop peu ?
Demandez la réponse motivée (respuesta motivada) par écrit. Déposez une réclamation auprès du SAC. Pour les violations de conduite — DGSFP. Pour les litiges sur le montant — préparez l’étape amiable préalable (MASC) et, si nécessaire, une action civile. N'acceptez pas un règlement définitif sans en comprendre les conséquences.
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